L'histoire de Simpélourd

Le samedi qui précède le 3e dimanche d’octobre c’est la Simpélourd à Soignies.

 

La fête à Mononk Simpélourd tient son origine d’un épisode conjugal qui a dû faire jaser le tout Soignies du XVIIIe siècle.

 

Plusieurs versions de l’histoire circulent : 

L’une dit qu’un brave savetier sonégien avait épousé une femme bien volage.  Le jour où le mari trompé lui a fait enfin une scène, elle aurait fait illico ses bagages, le laissant à la cruelle raillerie des bourgeois de la ville qui le traitèrent de SIMPLE et LOURD.

Mais celui-ci, refusant de se complaire dans son malheur, décida de se venger de ses « amis » si bien intentionnés en les conviant à un souper au jambon fumé.  Au moment d’entamer la viande appétissante, les convives ne parvinrent pas à se trancher le moindre morceau : le magnifique jambon n’était qu’un morceau de bois peint…   « Est-ce que j’ai l’air simple ?  Est-ce que j’ai l’air lourd ?  s’écria le savetier, qui finit toutefois par offrir un réel repas, alors que ses amis, le bec cloué, n’insistèrent plus.

Mais ils n’allaient pas en rester là : ils bricolèrent un mannequin qui ressemblait vaguement au savetier et promenèrent cette effigie dans les rues de la ville, tout en criant et en riant très fort, si bien qu’un véritable cortège finit par se joindre à la petite troupe.  Quelques jours plus tard, la bande brûla le mannequin accroché à une fenêtre.

Ca, c’est la version relatée par Théophile Lejeune dans « Mémoires historiques sur l’ancienne Ville de Soignies », ouvrage paru en 1868-69.

 

Une autre version, moins drôle il faut dire, est racontée par Jules Sottiaux dans « L’originalité wallonne », édité en 1906.

Selon lui, un brave savetier avait épousé une « chipie » de premier ordre et noyait son malheur dans l’alcool.  Un jour où il était complètement saoul, il battit tant et tant sa femme que ses voisins durent s’interposer de manière plus que décidée et le traitèrent de « simple » et « lourd ».  Le récit poursuit en spécifiant que le savetier fut condamné par la justice locale à être exposé deux jours à l’une des fenêtres de la place.

 

Une troisième version relate qu’un sonégien avait fait le pari fou de se poster « al bowète » (comprendre : à la fenêtre) du café de la « Sotte Nowé » pendant les trois heures, sans bouger, en tenant à la main un morceau de tarte.  Remportant son pari, il fut cependant traité de simple et lourd et ce serait pour cette raison que, à présent, le mannequin est représenté avec un morceau de tarte aux prunes à la main.  L’on raconte que, au XIXe siècle, le mannequin était remplacé par un homme qui se postait à la fenêtre dudit cabaret, un morceau de tarte à la main, durant les 3 jours de la ducasse. 

Dans les poèmes d’Usmar Fierain, un ancien sonégien, le savetier est devenu un cabaretier et marchand de grains, son travail le conduisant souvent dans le grenier pour y hisser les sacs de blé pendant que son épouse occupait son temps libre comme l’on devine.  La variante s’explique peut-être par le fait que le cabaret « Sotte Nowé » était situé à la place « del graigne » (grange), l’actuelle Place Verte.

Selon un article de la presse locale de 1888, la fête tiendrait ses origines d’un événement qui s’est déroulé en octobre 1754, où un groupe de joyeux fêtards menés par Adrien Hiernaux, avaient pendu à diverses fenêtres un mannequin évoquant les travers et épisodes croustillants des habitants de Soignies.  L’événement connu un grand succès, si bien qu’il fut reconduit d’année en année, se complétant, avec le temps, d’un moment où l’on fusillait les mannequins histoire d’éponger les mésaventures des pauvres victimes.

Interrompue à la mort de Hiernaux, la fête renaquit en 1762, mais cette fois, avec un seul bouc-émissaire, un mari trompé pourtant décédé plusieurs années auparavant.

 

Après avoir connu déclin et succès au fil du temps, la fête a repris de plus belle après la seconde guerre mondiale.  Les géants Dudule, Joséphine et Charlotte se sont joints au cortège, en compagnie des fanfares, gilles, et groupes costumés animés par diverses associations de la ville.

Alors voilà, depuis de si longues années, Mononk Simpélourd attend tous les mois d’octobre, vers 18h, en redingote et haut de forme, avec sa valise, devant la gare de Soignies, comme s’il venait de descendre du train de Bruxelles.

Il est aussitôt acclamé et accueilli par les autorités locales, le comité des fêtes et bien entendu, toute une foule de spectateurs tout prêts à faire la fête.  Le cortège se forme.  Simpélourd monte dans une ancienne voiture décapotable aménagée pour lui et clôturant le cortège, il s’apprête à lancer dans la foule, les « carabibis » attendus (caramels mous fabriqués pour l’occasion).  (Le temps a bien changé, si l’on se réfère aux écrits qui décrivaient Simpélourd monté dans une charrette attelée d’un cheval ou dans la benne d’un camion communal, escorté par des gamins munis de lanternes vénitiennes).

Après la joyeuse marche dans les rues de la ville, Mononk se dirige vers la Place Verte et se montre à la fenêtre du café « Le coq wallon » (anciennement le « Sotte Nowé »), en saluant la foule et en dégustant la célèbre tarte à prones (aux prunes), devenue spécialité de la ducasse (avec, d’ailleurs, le lapin a prones).  Un mannequin ne tardera pas à le remplacer.

Le mardi suivant, lors d’une cérémonie folklorique plus discrète, le premier mannequin sera remplacé par un autre plus sommaire.  Le premier sera rangé pour l’année prochaine.  Le second sera trimballé à la potence où il sera enfin brûlé mettant ainsi un point final à la ducasse, au milieu des musiques et des danses des gilles et des géants.

 

Vive Sougnies, vive Sougnies
Simpelourd ess’t’a s’guernie
Vive Sougnies, vive Sougnies
D’allonn’vir qui s’qui r’chenn’bie 

Simpelourd est d’essquindu
El rue du Moulin ass’cu
Avu l’aristocratie
Dou faubourg et dou pachie

Autrefois objet de railleries et de moqueries en tout genre, Simpélourd fut, comme pour maintes expressions folkloriques, porteur des travers de la ville.  Au XIXe siècle, il était le prétexte à caricaturer le perdant des élections communales.

L’air du temps s’est depuis beaucoup lissé.  Simpélourd est actuellement le héros de la ville, l’ami, le Mononk de tous, débonnaire, attirant la sympathie et sachant rire de ses propres malheurs. 

Sources : "La Simpelourd", travail de fin d'études de JF LENVAIN, 1997-1998
Travail de folklore - David ROLAND - 1992
"El ducace du Simp-et-lourd"
et autres documents aimablement envoyés par l'office du tourisme de la ville de Soignies.

Écrit par Nautilus Lien permanent | Commentaires (0)

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